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Synopsis

Kate s'embarque pour New-York. Deux choix de destinée s'offrent à elle : descendre avec son époux et être ce qu'on attend d'elle. Descendre du bateau avec son amant et suivre son coeur. Mais comment choisir entre les deux ? Kate confie son destin à une pièce : pile elle suit son mari, face elle suit son amant. Deux vies bien différentes peuvent se jouer à cet instant.

Chapitre1

Le quai portuaire de Southampton grouillait de monde. Même les rats pour une fois préféraient embarquer que quitter le navire. Le RMS Mauretania était rutilant, ses moteurs ronronnaient, prêts à rugir pour traverser l’Atlantique et conduire ses passagers à New-York. Hommes et femmes de tous âges, de toutes conditions se pressaient pour s’enregistrer et monter à bord. Depuis la loi des quotas de 1921, il y avait moins de bateaux et plus de critères pour poser un pied sur le sol américain. Mais peu importe, certains étaient prêts à tout pour tenter leur chance de vivre l’utopie du « rêve américain ».


Kate observait cette fourmilière depuis le bastingage du pont des premières classes. L’ « American Dream » n’était pas ce qu’elle voulait. Mais quand on est issue d’une famille noble anglaise du Sussex et qu’on vient d’épouser le descendant d’une des plus vieilles familles d’Angleterre, ce que vous souhaitez n’a pas la moindre importance. En tant que fille du comte John Camden et de la comtesse Elizabeth Camden, il n’était pas envisageable que leur fille cadette devienne autre chose qu’une femme respectable de la haute société. Il était de son devoir de faire un bon mariage, de respecter l’ordre et les traditions, d’incarner une certaine droiture et les valeurs d’une classe, d’une famille liée à l’histoire de l’Angleterre. C’est pour cela que Kate avait dû épouser James Hastings.


Il était le troisième garçon de sa fratrie, héritier fortuné et historique. C’était un beau jeune homme de vingt-cinq ans. Grand, athlétique, ses cheveux gominés noirs faisaient ressortir ses yeux verts. Il avait beaucoup de charme et connaissait un certain succès auprès des femmes mais aussi des hommes pour son sens des affaires et son humour. Il semblait cultivé et son héritage familial tant du point de vue de son nom que financier en faisait un homme que beaucoup de monde souhaitait côtoyer. Kate n’avait aucun sentiment pour lui. C’était un mariage de convenance, pas d’amour. Lui semblait l’apprécier. Outre son nom et sa dot, il affectionnait son physique. Des cheveux bouclés blonds, de grands yeux bleus, quelques éphélides sur ses pommettes et ses épaules, Kate était une femme élancée qui saurait le mettre en valeur sans nul doute. Il n’aimait pas ses seins qu’il trouvait trop petits, ni sa culture qui le surpassait. Mais qu’importe, le reste compensait et son trophée serait un atout de plus pour faire prospérer ses affaires aux États-Unis. James était un financier qui avait toujours eu du flair et qui savait jouer avec l’argent. Il avait bâti un empire monétaire à Londres et s’apprête à faire de même à New-York. James ravi, confiant savourait le sourire aux lèvres ce départ. Pourtant, il aurait dû se méfier car Kate, accoudée au bastingage, réfléchissait.


Elle réfléchissait à une autre possibilité. Il y a quelques mois, Kate avait embrassé leur chauffeur, Andrew Malone. Andrew était issu d’une famille de mineurs. Il était pauvre et ne venait pas d’une bonne famille. C’était un grand roux dégingandé rempli de taches de rousseurs qui manquait d’éducation. Mais il était gentil, prévenant, doux et très drôle. Kate s’était attachée à lui. Était-ce de l’amour ? Elle n’en était pas sûre… Elle aimait échanger avec lui, rire et il s’intéressait à elle. Jamais il ne la rabrouait, jamais il ne la rabaissait. Il n’était pas comme James. Ils se voyaient en cachette, s’embrassaient, se murmuraient des secrets. Andrew lui avait dit qu’il l’aimait. Elle n’avait pas su quoi lui répondre. Elle avait fini pas dire : « Oh !...Merci ». Il ne s’était pas vexé, il avait juste souri.


Andrew avait échafaudé un plan. Il était du voyage car James avait emmené tout son personnel avec lui. Il avait dit à Kate de préparer un sac avec ses affaires et qu’une fois les contrôles passés à Ellis Island, ils s’enfuiraient tous les deux. Il chercherait du travail, ce n’était pas ce qu’il manquait. Ils vivraient chichement bien sûr, mais elle serait libre et leur amour leur assurerait une belle vie. Kate avait dit d’accord, comme ça, sans réfléchir. Andrew avait sauté de joie. Kate s’était demandé ce qu’il lui prenait et si ce n’était pas une énorme bêtise. Elle avait préparé un sac avec une robe simple, quelques dessous, une paire de chaussures, une robe de soirée, un peu d’argent et quelques bijoux. Le tout était caché sous le lit dans la cabine. Il faudrait qu’elle s’achète des vêtements plus sobres pour vivre avec Andrew, les paillettes ne sont pas utiles à la misère.


Kate était donc là debout sur ce ponton, les mains arrimaient à la rambarde, levant les yeux au ciel, cherchant une réponse, un indice, un signe sur ce qu’elle devait faire. Une destination, deux choix. Deux choix très opposés, l’un peut être plus un gage de bonheur que l’autre. Ou pas. Comment trancher ? Comment faire le bon choix ? Elle était une fille du devoir. Elle devrait suivre sa raison et non son cœur. Elle retournait ces questions dans sa tête depuis plusieurs jours, faisait une liste des pour et des contres mais rien n’était apparu comme une évidence. Elle n’en pouvait plus de se faire des nœuds à l’estomac, d’avoir sans cesse les bruissements d’une ruche dans son crâne. Elle voulait savoir quoi faire un descendant du bateau. Regardant autour d’elle, cherchant tout et n’importe quoi pouvant être un présage, elle aperçut une pièce d’un shilling brillant par terre. Elle se précipita pour le ramasser. La réponse était là !

Ce n’est pas elle qui déciderait mais Dieu, le destin, la chance ou peut-être un peu des trois. Pile, elle descendait avec James. Face, elle s’enfuirait avec Andrew. Voilà, c’était simple en fait. Elle se tourna vers l’océan, s’approcha de la balustrade et prit une grande inspiration. Cette pièce était la clé. Elle la posa sur son pouce et d’un petit coup, elle la fit voler dans les airs, attendant de savoir quel serait son destin, quelle serait sa vie. Pile James, face Andrew. Deux vies bien différentes pouvaient l’attendre.

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Pile ou face

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